Quelques brins de foin et tant d'images
![]() | C’est un petit cheval fait de foin ficelé, que j’avais acheté en décembre précédent sur un marché de Noël. Quand je l’ai décroché, le jour où je préparais mes cartons de déménagements avec l’aide d’une de mes cousine, Nathalie, son odeur m’a enveloppée si fort que j’ai fermé les yeux pour mieux y être. |
Là où m’avait transportée cette odeur.
Dans la grange géante chez ma Grand-Mère, dans la grange de l’époque où j’étais enfant, quand elle servait encore à entreposer le foin et n’avait pas été transformée en habitat par un architecte parisien enchanté par de siiiii beauuuux volumes, et ce bois, et cette pierre, une mervêille!
Quand il y avait encore une ou deux vaches dans l’étable qui en constituait le rez-de-chaussée, quand la source qui coule juste devant la grange était l’unique lieu où l’on s’aprovisionnait d’eau potable, parce que l’eau du robinet, elle était pleine de trucs et que l’eau de la source était plus saine.
Maintenant c’est l’eau de la source qu’il ne faut plus boire, on ne sait plus trop ce qu’il y a dedans.
Quand, lorsque le fermier l’autorisait, dans la montagne de foin qu’il y avait, là haut, on faisait, de gigantesques parties de cache-cache où la paille nous piquait la peau toute fraîche de notre dos, de nos jambes, de nos joues à travers nos tee-shirt et nos et shorts d’été.
Quand on avait le droit de jouer dans Aglaë, la vieille voiture de 1932 qu’un de nos oncles qui était à l’époque le farfelu de la famille, avant d’en devenir le prédicateur moralisateur, avait entreposé dans la grange après l’avoir rachetée trois francs-six sous à un fermier voisin.
Oui j’étais dans la grange, j’entendais la source à l’extérieur, je ressentais la chaleur du soleil de juillet qui chauffait la toiture et je voyais mes cousins.
Alors j’ai caché le petit cheval de foin derrière mon dos, je suis allée vers ma cousine Nathalie et lui ai dit :
- “Ferme les yeux, respire, et dis-moi où tu es.”
Ma cousine a fermé les yeux, j’ai sorti le petit cheval de derrière mon dos, lui ai mis sous le nez.
Elle a inspiré une fois, et a dit sans avoir hésité une seule minute:
- “Dans la grange, chez Grand-Mère.”
Et les quelques instants qui ont suivi n’ont été silencieux que d’apparence. Dans notre tête, ça résonnait de rires, de cris et était peuplé de tous cette vie qui constituait nos vacances d’alors.
Quand Ludivine, une autre de mes cousines, est arrivée, Nathalie a caché le petit cheval derrière son dos, est allée vers elle et lui a dit :
- “Ferme les yeux, respire, et dis-moi où tu es.”
Ludivine a fermé les yeux, Nathalie a sorti le petit cheval de derrière son dos, lui a mis sous le nez. Ludivine a inspiré une fois, et a dit sans avoir hésité une seule minute:
- “Dans la grange, chez Grand-Mère.”
Et de nouveau, des instants silencieux mais si bruyants de souvenirs étaient dans les regards souriants qu’on s’échangeait.
Voilà, pour moi c’est cela la magie de la famille : ces instants qui existent et qui ne s’effaceront jamais, ces instants qui nous soudent plus qu’on ne saurait le dire.
Je ne suis pas forcément très intime avec mes cousines, beaucoup moins qu’avec certaines amies. Mais parce que je sais qu’à chaque fois qu’une odeur de foin nous submergera on sera, mes cousines, mes cousins, mes frères, mes soeurs, dans le même endroit au même moment, la place qu’ils ont pour moi est irremplacable.
Ça ne garantit pas contre l’agacement, les problèmes, les jugements.
Mais ça garantit une tendresse qui nous donne une force supplémentaire.
Peut-être…
Cet article a été commenté 18 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Dam_drums dit | Merci pour ce si joli post plein de nostalgie et souvenirs d'enfance, qui en rappelle tant d'autres. |
La Bureautière dit | Magnifique article pour commence une semaine au ciel grisâtre! Je trouve que les odeurs permettent bcp plus que le reste (même les photos...par contre la musique marche bien. J'entends un vieux tube et je me souviens des premières fois où je l'ai entendu) de mobiliser ses souvenirs! Aglaë...j'adore!! |
Nanie dit | C' est un très joli texte qui nous ramène tous quelque part , en famille . |
Claireddm répond | Nanie : Et vous transmettez surement ca à vos filles, ce qui est un sacré cadeau je crois. |
Merci pour cet instant de douceur, ça fait du bien car vu la couleur du ciel, les résultats d'hier et diverses bricoles la journée ne s'annonce pas rose rose... | |
Marie-hélène dit | Quel joli récit. |
Je n'ai pas de cousine de mon âge mais des cousins, avec qui je partage aussi des souvenirs d'enfance, de cabanes, de châteaux de sable, de nuits sous la tente et de boissons improbables nées de nos imaginations. Je serai avec l'un de ces cousins cet été pour fêter ses 40 ans, mais je sais qu'il nous suffira aussi d'une odeur ou d'un mot pour que nous ayons 10 ans et les genoux couronnés. | |
Missbrownie dit | Un bien joli billet :-) |
Loop Of Kurland dit | Il y a quelques jours je me suis surprise à faire faire demi-tour à ma poussette pour repasser sous un tilleul. J'y suis restée jusqu'à ce que je ne sente plus rien. Je n'avais pas de soeur sous la main avec laquelle partager ce petit bout de passé, mais tu vois, ce matin je t'ai trouvée toi. Merci Claire. |
Bellzouzou dit | Un bien joli billet, dis donc! |
So dit | "Je ne suis pas forcément très intime avec mes cousines, beaucoup moins qu’avec certaines amies. Mais parce que je sais qu’à chaque fois qu’une odeur de foin nous submergera on sera, mes cousines, mes cousins, mes frères, mes soeurs, dans le même endroit au même moment, la place qu’ils ont pour moi est irremplacable." |
Claireddm répond | So : Oui, c'est chouette de se dire qu'ils se construisent de tels souvenirs :-) |
La Virge dit | Joli moment d'émotion... |
'tine dit | Merci pour ce beau moment de douceur dans un monde difficile +++ pour moi depuis hier et une mauvaise nouvelle... (du professionnel donc rien de dramatique mais très très dur quand même...) j'adore les souvenirs olfactifs... |
Martine dit | C'est beau !! j'en ai eu les yeux humides... |
Claireddm répond | Martine : j'espère..., car c'est une richesse je crois. Merci de ton comm |
Je viens de recevoir un coup de fil m'a fait sentir le varech, les galettes au beurre salé etle vent frais iodé... et une certaine forme de nostalgie et de regrets. | |
Loop Looplife dit | Les souvenirs olfactifs c'est quelque chose... j'aime l'odeur des buis chauffés par le soleil, celle de l'herbe fraichement coupée, et de la crème solaire au bord de la mer...Toutes ces odeurs ont une histoire, un souvenir, une âme... |


