Mariama 2012
![]() | Aujourd’hui, un petit texte qui rappellera des souvenirs aux très très anciennes et aux très très fidèles. Un des premiers textes du blog. Je l’ai retravaillé et etoffé, sous l’effet de la rage, du dégoût et de l’écoeurement face aux discours et à la politique suivie en matière d’immigration par not’bon président et ses sbires. Je sais bien que ce petit texte ne changera pas un nanogramme d’atome à ce vaste problème… Vanité de l’exercice bloguesque… |
Aujourd’hui, c'est Mariama la vedette.
C'est normal. Elle est belle Mariama. Elle est jeune, une peau parfaite, un corps fin avec de si jolies formes, un sourire étincelant, des traits merveilleusement proportionnés. Jamais elle ne marche les sourcils froncés, le corps arc-bouté, un air de détermination mal-aimable sur le visage. Même sous la neige, même chahutée par un vent froid, Mariama garde sa démarche altière, son port de tête gracieux, glacée comme elle ne croyait pas que cela existe au monde, mais naturellement élégante, toujours.
Moi je l'envie Mariama, j'aimerais bien être à sa place.
Elle a deux petits magnifiques.
Mariama quand elle fait les courses, elle prend ce dont elle a besoin.
Enfin ce dont elle croit avoir besoin, parce qu'elle ne sait pas lire, alors parfois c'est difficile. Difficile de s’y reconnaître dans ces amoncellements de denrées qu’elle n’a pour la plupart jamais vues auparavant.
Mariama quand elle sort son argent c'est toujours des petites pièces qui font des petites sommes. Les caissières n'aiment pas Mariama et ses tas de pièces qui prennent tant de temps à trier.
Mariama quand on lui dit le total à la caisse, elle donne toutes ses pièces. Après, quand la caissière lève la tête et annonce ce qu’’il manque, Mariama qui n’a pas compris le chiffre enlève un à un les objets du tapis, jusqu’à ce qu’à l’expression de la caissière, elle comprenne que la somme donnée suffit. Les caissières n'aiment vraiment pas Mariama.
Elle ne sait pas que ça ne suffit pas avant qu’on lui dise. Comment trouver le prix sur ces étiquettes accumulées en désordre quand on ne sait pas lire? Comment compter quand on n'a pas appris à calculer?
Mariama parfois elle emmène son enfant le matin à l'école et puis l'école est fermée, alors, sans comprendre mais sans même une expression d’étonnement ou d’agacement, elle reprend son enfant par la main et rentre chez elle. Elle n'avait pas compris qu'aujourd'hui on fête l'armistice d'une guerre dont elle n'a jamais entendu parler.
Mariama elle reste toute la journée chez elle parce qu'ici elle ne connaît qu'une poignée de personnes qui parlent sa langue. Dont son mari qui travaille du matin au soir même les jours d'armistice et rentre tard et fatigué. Et des amies qui habitent tellement loin qu’il faudrait prendre un transport en commun pour aller chez elles, inimaginable pour cette toute jeune femme qu’on appellerait post-ado ici, élevée dans un petit village et arrivée depuis si peu de temps. Le plus grand de ses enfants aussi comprend sa mère, mais déjà, il commence à mieux parler la langue de son pays d'adoption que la langue de sa mère.
Mariama elle ne va pas se détendre en faisant du lèche-vitrine, en surfant sur internet ou en regardant des séries à la télé. Chez elle la télé tourne en continu, mais sur l’image, les gens parlent dans cette langue d’ici dans laquelle elle ne sait dire que « Bonjour », « Merci » et « S’il vous plait ». Aussi « Pas de problème ».
Mariama elle n'a pas vu ses parents, ses frères, ses soeurs, ses amis, son village depuis des années.
Les mariages avec tous le village réuni et la fête qui dure 3 jours, elle les vit dans son salon en regardant la cassette video qu'ils lui ont envoyée.
Les deuils, elle les apprend par un des coups de fil hebdomadaires que son budget lui permet. Puis elle rentre chez elle et vit son deuil seule.
Mariama elle sourit à chaque fois qu'elle croise quelqu'un, à chaque fois qu’on lui parle, à chaque fois que quelqu’un semble faire une réflexion à son voisin à son sujet. Oh elle n’est pas bête Mariama, elle sait bien que dans toutes ces paroles nombreuses sont celles désagréables, voire injurieuses. Mais son sourire est son arme d’auto-défense. La plus jolie et la plus pacifique qui se puisse rêver.
Mariama elle rêve de savoir lire et écrire, de savoir conduire une voiture, de savoir monter à vélo.
Mariama elle rêve d'avoir un peu plus d'argent et de voir sa famille quand elle veut.
Mariama elle rêve de ne pas avoir à choisir entre son bien-être, et l'avenir de ses enfants.
Mariama, c’est elle aimerait bien être à ma place...
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Doloqui dit | J'ai la chance de ne pas être pas assez ancienne pour connaître ce texte et donc de le découvrir ce matin ; je le trouve très beau : tu as un vrai talent d'écriture. |
Tymaelan dit | Je m'en souviens... |
Paski dit | Je me souviens également (récente commenteuse mais vieille lectrice) et ce texte m'émeut et me met toujours autant la rage !! |
Nine dit | Je suis très heureuse d'avoir découvert ton très beau texte. Et je pense qu'il change forcément un peu les choses car des Mariama, j'en croise et je n'y fait sans doute pas toujours attention. |
Catherine dit | Merci pour ce très beau texte claire. |
Mammouth dit | Je m'en souviens également |
Nanie dit | Je fais partie des vieilles et je m'en souviens très bien ...il est toujours d'actualité et toujours si touchant. |
Kip dit | Je me souviens de ce texte aussi! |
Baseli dit | Comme paski, j'agissais en liseuse sous-marine mais je me souviens de ce texte qui est toujours aussi fort, toujours autant d'actualité et toujours aussi touchant... |
Isabelle dit | J' ai connu un mariamo qui faisait la plonge et puis subtilement et puis fermement , je me suis battue pour qu' à 55 ans il apprenne à lire enfin |
Pretty Woman dit | Très beau texte. J'ai apprécié |


