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ClaireDDM

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Un soupçon de Caroline Ingalls (avec l'eau courante), une pincée d'Angelina Jolie (sans les formes), des gros grains d'hystérie, un bon peu de mauvaise foi, une puissante envie d'avoir la paix : drôle-de-mère. Suis-je la seule...?

Lien fugace autour d'une porte qui s'ouvre

Jeudi 23 Fevrier 2012, 07:08 GMT+2Par ClaireDDMCet article a été lu 235 fois

 

  

 

Il est sur son siège, impérial.

Devant lui son volant, symbole de sa puissance et emblème de sa fonction.

Enfin, cela est sans doute une reconstruction de mon esprit, car quand je suis montée dans ce bus, pressée que j’étais de reprendre ma lecture où je l'avais laissée quelques secondes auparavant, je ne lui avais adressé qu’un sourire machinal sans même réellement le regarder.

Quelques stations plus tard, les yeux sur le feu grâce auquel je voulais traverser cette rue fréquentée, je descends.

Le feu à côté duquel se trouve le bus qui vient de me déposer ne se décide pas à passer à l’orange et au rouge. Le flot de voiture m’interdit de tenter une percée, mais le bus, malgré ce feu vert, reste immobile, attendant que le va-et-vient des voyageurs soit terminé.

Je suis à la hauteur du chauffeur.

Le bus referme ses portes. De l’autre côté de la chaussée, l’ado au bonnet enfoncé sur les yeux, au pantalon attaché sous les hanches, au sac adidas en bandoulière, ose la manoeuvre du faufilage en courant entre les voitures pour pouvoir attraper ce bus.

Le chauffeur rouvre la porte.

Elle se referme lentement.

De la rue transversale, accourt maladroitement un quinquagénaire. A sa façon lourde et maladroite de courir, je me dis que le sport ne fait sans doute pas partie de sa vie quotidienne. La volumineuse et si sérieuse sacoche qu’il transporte l’entrave, rendant sa course encore plus pataude.

Le chauffeur rouvre la porte.

Elle se referme lentement.

J’attends toujours mon feu vert. Sans impatience, prise par cette petite scène du quotidien ayant duré moins de 5 secondes.

Je regarde en direction du chauffeur. Je sais que tous n’ont pas cette gentillesse. Je ne le distingue pas bien, il fait déjà nuit, pas de lumière sur lui dans le bus.

Son regard dévie sur moi.

Déjà il accomplit les gestes reflexes qui permettront à son engin de se remettre en mouvement. Et tout en les accomplissant, d’une manière tout à fait inattendue, il hoche la tête comme pour dire « Ah là là, ces retardataires », me sourit et m’adresse un  petit signe de la main comme pour dire au revoir. Je comprends que pour lui comme pour moi, cette petite scène totalement anodine et dérisoire,  de laquelle nous avons été les seuls spectateurs, cette petite scène nous a rendus complices une fraction de seconde

Je lui souris en retour, le temps de savoir si je lui rends son au-revoir, le temps de trouver le courage d’extirper mes mains glacées de mes poches, je ne vois déjà plus que l’arrière du bus.

Un échange silencieux, une pensée commune avec un inconnu, tout d’un coup, bêtement et pourtant d’une manière très grandiloquente, je me dis que l’Humanité c’est aussi cela.
Et cela me fait sourire, seule sur mon trottoir.

Oui les grandes villes sont anonymes, non je ne suis pas sûre de reconnaître tous les habitants de mon immeuble dans la rue.

Pourtant, la grande ville offre parfois de ces instants fugaces où un drôle de lien se crée.

J’aime ces instants.

  

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Cet article a été commenté 11 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Oui moi aussi j'aime beaucoup ces petits instants magiques. Il suffit de pas grand chose, souvent un peu de patience, un petit geste de courtoisie dans ce monde de brute pour échanger un sourire avec un inconnu et c'est pour moi vraiment précieux. Merci du joli partage.

Jeudi 23 Fevrier 2012, 08:52 GMT+2 | Retour au début

Nine dit

Merci Claire de nous avoir associé à ce petit moment de grâce.

J'adore aussi ces moments de complicité inattendue et totalement gratuite. Je crois que si on reste attentif/attentive, on peut en saisir pas mal, même dans les grandes villes.

Par contre, j'avoue qu'il m'arrive d'avoir ces échanges de regard "sur le dos" d'une tierce personne (genre la fille qui a éternué hier soir au resto en faisant trembler les murs sans même s'excuser auprès de ses voisins de table). Et que c'est bon aussi...

Jeudi 23 Fevrier 2012, 09:19 GMT+2 | Retour au début

Claireddm répond

Nine : Oserais-je le dire? La complicité "sur le dos" de qq'un est parfois la meilleure.. ;-)

Cleanette : Très joli adjectif que tu as choisi : "précieux". Je plussoie

Jeudi 23 Fevrier 2012, 09:28 GMT+2 | Retour au début

Catherine dit

Comment bien commencer une journée ? pour ma part, sur mon trajet en voiture, je m'arrête quasi systematiquement pour laisser traverser les gens, ce qui je précise,ici en France, ne se fait pas, meme lorsqu'il s'agit d'un passage pietons ! bref, juste pour dire, qu'en retour, je suis gratifiée de magnifiques sourires qui m'ensoleillent le coeur dès le matin.

Jeudi 23 Fevrier 2012, 09:56 GMT+2 | Retour au début

Claireddm répond

Catherine : Oh très joli ton comm et ta manière si simple de créer des sourires autour de toi...

Jeudi 23 Fevrier 2012, 10:14 GMT+2 | Retour au début

Ce sont des petits riens qui éclairent bien la journée. La complicité sur le dos des autres ou pas, un petit service anodin rendu, un sourire juste pour le plaisir…
Catherine ton message sur le laisser passer des passages piétons m’a fait sourire, je vais souvent en Espagne, pays où le piéton est roi (enfin dans la région où je me rends chaque année). Là bas tu es sur le bord de la route et position de vouloir traverser, même hors passage piéton, on s’arrête pour te laisser passer.
C’en est rendu à un stade où le piéton devient imprudent, il n’est pas rare de les voir poursuivre une conversation et leur route nullement perturbé par le fait de devoir traverser une chaussé, c’est à peine s’ils jettent un œil sur la possible circulation.
En tant que conductrice je me suis fait régulièrement des frayeurs les premières 48h, ensuite c’est bon j’ai pris le rythme et je conduis à l’espagnole, même à mon retour en France, et là ça devient rigolo. Genre je stoppe pour laisser passer un piéton, une voiture arrive derrière moi et klaxonne tant et plus, ou le piéton fait de grands gestes pour me dire « non, non, allez y passez ».
Mais bon en très peu de temps je redeviens une conductrice française qui laisse passer uniquement les personnes engagées, sauf quand il pleut des cordes, là j’ai pitié, je suis à l‘abri moi

Jeudi 23 Fevrier 2012, 14:08 GMT+2 | Retour au début

Tymaelan dit

Il y a une chose que je fais souvent dans cette grand ville anonyme qu'est Paris, et cette chose c'est sourire à des inconnus...C'est fou ce que provoque un sourire. je dois dire que la majeur partie du temps j'en reçois un en retour. L'autre partie, et bien, sans doute que le destinataire, déjà corrompu par l'inhumanité de la grande ville, m'a prise au mieux pour le ravi de la crèche, au pire pour une psychopathe!
C'est pas grave, ce qui compte ce sont ceux qui ont reçu mon sourire comme un cadeau et me l'ont rendu!
Dans le même genre, je ne reviens que rarement bredouille de confrontations avec les fonctionnaires aigris de nos administrations préférées (CAF, SECU, URSSAF...) La recette, là encore, c'est d'apporter sourire, humilité, gentillesse et patience. Les fois où j'ai échoué, c'est quand j'ai laissé mon agacement contre des démarches débiles répétitives et souvent dénuées de sens prendre le dessus. Les relaltions humaines sont des effets de miroir, projetez de la colère vous vous heurterez à un mur de mauvaise volonté, offrez un sourire et des questions aimable et votre démarche en sera simplifiée... Ton texte illustre bien ce genre d'échanges, je trouve.

Jeudi 23 Fevrier 2012, 14:16 GMT+2 | Retour au début

Pourquoi est ce si difficile de générer un lien avec un parfait inconnu alors que ça apporte un tel plaisir ? Même en campagne, si les échanges sont plus faciles et plus fréquents, ce n’est quand même pas le pays des bisounours !

Jeudi 23 Fevrier 2012, 15:00 GMT+2 | Retour au début

Claireddm répond

Elodie : Bonne question!

Tymaelan : Ah c'est donc toi la psychopathe que je croise quand je suis à Paris? ;-) Sérieusement, je plussoie ton comm : ce qu'on projette, en général, détermine le retour (il y a malheureusement des exceptions, c'est comme tout...)

Cécile : Dis donc, c'est hyper dangereux pour les piétons espagnols de venir se ballader en France. Il doit y a voir des taillages de short réguliers ;-)

Jeudi 23 Fevrier 2012, 16:56 GMT+2 | Retour au début

Non ça va, ils savent que la France est un pays dangereux, peuplé d'arrogants descendants de Napoléon, râleurs, resquilleurs et irrespectueux du piéton ;-)
J'exagère à peine, j'ai eu des remarques d'espagnols que je transportait et qui s'étonnait que je m'arrête pour les piétons, comme s'il n'avaient jamais imaginé que je puisse me plier à cette règle non écrite qui plus est ;-)

Jeudi 23 Fevrier 2012, 23:14 GMT+2 | Retour au début

Helmut dit

Je suis le conducteur du bus ...
Merci pour votre joli sourire !!! Mais perturbant ... Dans mes pensées, j'ai dit bonjour à une petite Mercédès au carrefour suivant ... Ach so !!
Au plaisir de vous accueillir de nouveau dans mon véhicule quand il sera réparé ...

Dimanche 26 Fevrier 2012, 12:14 GMT+2 | Retour au début