Lien fugace autour d'une porte qui s'ouvre
Il est sur son siège, impérial.
Devant lui son volant, symbole de sa puissance et emblème de sa fonction.
Enfin, cela est sans doute une reconstruction de mon esprit, car quand je suis montée dans ce bus, pressée que j’étais de reprendre ma lecture où je l'avais laissée quelques secondes auparavant, je ne lui avais adressé qu’un sourire machinal sans même réellement le regarder.
Quelques stations plus tard, les yeux sur le feu grâce auquel je voulais traverser cette rue fréquentée, je descends.
Le feu à côté duquel se trouve le bus qui vient de me déposer ne se décide pas à passer à l’orange et au rouge. Le flot de voiture m’interdit de tenter une percée, mais le bus, malgré ce feu vert, reste immobile, attendant que le va-et-vient des voyageurs soit terminé.
Je suis à la hauteur du chauffeur.
Le bus referme ses portes. De l’autre côté de la chaussée, l’ado au bonnet enfoncé sur les yeux, au pantalon attaché sous les hanches, au sac adidas en bandoulière, ose la manoeuvre du faufilage en courant entre les voitures pour pouvoir attraper ce bus.
Le chauffeur rouvre la porte.
Elle se referme lentement.
De la rue transversale, accourt maladroitement un quinquagénaire. A sa façon lourde et maladroite de courir, je me dis que le sport ne fait sans doute pas partie de sa vie quotidienne. La volumineuse et si sérieuse sacoche qu’il transporte l’entrave, rendant sa course encore plus pataude.
Le chauffeur rouvre la porte.
Elle se referme lentement.
J’attends toujours mon feu vert. Sans impatience, prise par cette petite scène du quotidien ayant duré moins de 5 secondes.
Je regarde en direction du chauffeur. Je sais que tous n’ont pas cette gentillesse. Je ne le distingue pas bien, il fait déjà nuit, pas de lumière sur lui dans le bus.
Son regard dévie sur moi.
Déjà il accomplit les gestes reflexes qui permettront à son engin de se remettre en mouvement. Et tout en les accomplissant, d’une manière tout à fait inattendue, il hoche la tête comme pour dire « Ah là là, ces retardataires », me sourit et m’adresse un petit signe de la main comme pour dire au revoir. Je comprends que pour lui comme pour moi, cette petite scène totalement anodine et dérisoire, de laquelle nous avons été les seuls spectateurs, cette petite scène nous a rendus complices une fraction de seconde
Je lui souris en retour, le temps de savoir si je lui rends son au-revoir, le temps de trouver le courage d’extirper mes mains glacées de mes poches, je ne vois déjà plus que l’arrière du bus.
Un échange silencieux, une pensée commune avec un
inconnu, tout d’un coup, bêtement et pourtant d’une manière très
grandiloquente, je me dis que l’Humanité c’est aussi cela.
Et cela me fait sourire, seule sur mon trottoir.
Oui les grandes villes sont anonymes, non je ne suis pas sûre de reconnaître tous les habitants de mon immeuble dans la rue.
Pourtant, la grande ville offre parfois de ces instants fugaces où un drôle de lien se crée.
J’aime ces instants.
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Cleanettte dit | Oui moi aussi j'aime beaucoup ces petits instants magiques. Il suffit de pas grand chose, souvent un peu de patience, un petit geste de courtoisie dans ce monde de brute pour échanger un sourire avec un inconnu et c'est pour moi vraiment précieux. Merci du joli partage. |
Nine dit | Merci Claire de nous avoir associé à ce petit moment de grâce. |
Claireddm répond | Nine : Oserais-je le dire? La complicité "sur le dos" de qq'un est parfois la meilleure.. ;-) |
Catherine dit | Comment bien commencer une journée ? pour ma part, sur mon trajet en voiture, je m'arrête quasi systematiquement pour laisser traverser les gens, ce qui je précise,ici en France, ne se fait pas, meme lorsqu'il s'agit d'un passage pietons ! bref, juste pour dire, qu'en retour, je suis gratifiée de magnifiques sourires qui m'ensoleillent le coeur dès le matin. |
Claireddm répond | Catherine : Oh très joli ton comm et ta manière si simple de créer des sourires autour de toi... |
Ce sont des petits riens qui éclairent bien la journée. La complicité sur le dos des autres ou pas, un petit service anodin rendu, un sourire juste pour le plaisir… | |
Tymaelan dit | Il y a une chose que je fais souvent dans cette grand ville anonyme qu'est Paris, et cette chose c'est sourire à des inconnus...C'est fou ce que provoque un sourire. je dois dire que la majeur partie du temps j'en reçois un en retour. L'autre partie, et bien, sans doute que le destinataire, déjà corrompu par l'inhumanité de la grande ville, m'a prise au mieux pour le ravi de la crèche, au pire pour une psychopathe! |
Pourquoi est ce si difficile de générer un lien avec un parfait inconnu alors que ça apporte un tel plaisir ? Même en campagne, si les échanges sont plus faciles et plus fréquents, ce n’est quand même pas le pays des bisounours ! | |
Claireddm répond | Elodie : Bonne question! |
Non ça va, ils savent que la France est un pays dangereux, peuplé d'arrogants descendants de Napoléon, râleurs, resquilleurs et irrespectueux du piéton ;-) | |
Helmut dit | Je suis le conducteur du bus ... |

