
| Comment savoir d’où vient cette différence? Un trait de caractère inné ? Ou bien une construction à partir de tous les sentiments et les sensations vécues ? Le mélange des deux? En quelles proportions? |
A "elles", contrairement à "lui", on a beaucoup demandé petites. On leur a demandé de s’adapter, de partir, de quitter, de se réadapter, d’apprendre une nouvelle langue, puis de réutiliser l’ancienne, puis finalement d’utiliser intensivement la nouvelle entretemps déjà presque oubliée.
Elles ont plusieurs fois dû prendre leurs marques dans un nouveau lieu de vie.
Avec toujours, ce mantra : « Oh les enfants, ça s’adapte vite, ça se fait des copains tout de suite »
Mouais.
À lui, on a beaucoup moins demandé. Beaucoup de ces changements se sont faits avant sa naissance ou bien dans ses premières années de vie. Et même si, à sa mesure, il en a souffert, sans doute les efforts d’adaptation qu’il a du fournir furent-ils moins grands.
Aujourd’hui, dans la fratrie, il y en a un dont la joie de vivre coiffe toutes les autres au poteau. Mister Banane. Farceur, joueur, heureux, prenant tout du bon côté, dégustant tout ce que la vie lui apporte en n’oubliant jamais de s’en réjouir à l’avance et de faire part de sa joie. Un concentré de vitamine boost-moral pour qui le côtoie.
Aujourd’hui, dans la fratrie, il y a une inquiète, il y a aussi une fragile. Il y a aussi celle qui paraît plus sereine que les autres, mais qui a parfois des chagrins qui semblent la terrasser. Une fofolle, une rigoleuse, une qui danse, une qui se réjouit facilement, une gaie, une au sourire éblouissant, une au fou-rires incontrôlables.
Chacune de ces trois sœurs est tout à tour l’une ou l’autre, même si la fragilité se retrouve plus chez l’une, la sérénité chez l’autre, les humeurs sombres chez une autre encore…
Aucune de ces trois sœurs ne peut rivaliser dans la joie de vivre avec son petit frère.
Alors souvent, quand je le vois profiter de chaque petit instant de sa vie avec tant de bonheur et d’insouciance, je me demande pourquoi il me semble n’avoir jamais senti à ce point cette dose de concentré de pure joie de vivre chez mes filles.
Est-il né avec cette dose de bonne humeur qui donnerait la patate à n’importe quel clown neurasthénique (les pires des dépressifs si l’on en croit le poncif) ?
Ou bien la relative instabilité (toujours dans la stabilité matérielle, ne jamais sous-estimer cette si grande chance) de leur enfance a-t-elle joué un rôle dans ces fragilités de mes filles, ces inquiétudes qui parfois se réveillent ?
Comment ne pas se poser cette question ?
Comment éviter de se la poser en culpabilisant ?
Comment ne pas se demander qui au final, serait le ou la plus fort(e), dans le cas où tout cela ne serait pas inné : celui, heureux de vivre qui n’a jamais eu à s’adapter ? Ou celles, plus fragiles qui savent comment faire dans un environnement différent ?
Comment éviter de se poser ces questions à la mords-moi-le nœud, alors que la vadrouille, le mouvement, les changements, sont le lot de centaines de milliers d’enfants chaque année, et que si c’était une cause grave d’emmagasinement de mal-être, cela serait connu non ?
Et surtout, surtout… comment arrêter de toujours renvoyer LEURS traits de caractère à NOS décisions et NOTRE manière de vivre? Est-ce une forme de mégalomanie parentale ?
Combien sommes nous à nous torturer la tête à chercher des causes dont personne ne sait si elles existent, gaspillant là une énergie et un moral précieux !
| Eh oui, grâce à ma perfection d’enfant. Jugez un peu: à la question : - « Qui veux-tu inviter à ton anniversaire mon chéri ? », |
Cette Merveille, dont j’ai l’honneur et l’avantage d’être la mère, m’avait cité 4 prénoms !
Quatre !
Pas un de plus !
Quatre enfants que je connais bien, plutôt calmes, sympas.
A ce moment là j’ai pensé à ma pote, avec son fils d’à peu près du même âge. Lequel, à son anniv il y a quelques jours, avait invité18 enfants !!!
18
Ai-je besoin de préciser à quel point, le coup des 18 enfants est pour moi folie et inconscience frôlant la stupidité?
Alors que moi, eh eh… , 4 gamins du genre pas survoltés, cet anniversaire s’annonçait bien. Presque je n étais pas déprimée d’avance à la pensée de ce qui m’attendait.
Jusqu’à ce que je fasse une erreur.
Une erreur de débutante que j’ose à peine avouer....
Après avoir imprimé les 4 invits plus une 5éme dans ma grande générosité pour que le héros du jour ait la sienne aussi, je l’ai laissé écrire lui-même les prénoms.
Fatalitas
Déjà avoir laissé passer l’écriture de cochon avec laquelle il a tracé les prénoms c’était une première erreur. Montrer à l’ensemble de la communauté parentale, même réduite à 4 familles, à quel point Marmaille torche son boulot, et à quel point je suis peu exigeante sur le rendu final, c’était moyen pour la réputation d’excellence maternelle à laquelle mon hypocrisie travaille chaque jour.
Mais ne pas avoir UNE MINUTE réagi quand j’ai vu d’autres prénoms que ceux annoncés sur les invites, là ce n’était plus une simple erreur. C’était de la démence prononcée.
Et seul un coma profond peut expliquer l’étonnement non feint avec lequel j’ai répondu à sa réflexion le soir en rentrant de l’école:
- « Faut qu’on ré-imprime des zinvitaçions, y ‘en avait pas assez »
- « Comment ça pas assez, mais tu m’avais dit que tu invitais 4 copains ? Et tu avais bien 4 invits ? »
Oui, cet étonnement n’était que la preuve incontestable que mes neurones avaient soudainement décidé de changer toutes leurs connections dans mon cerveau. Désormais sans aucun doute, les neurones habituellement récepteurs des sensations internes du petit l’orteil droit avaient décidé de prendre le contrôle de mes pensées. Ou ceux de l’orteil du milieu gauche. En tous cas des neurones pointus au niveau de la réflexion, c’est sûr.
Et qui ont vu passer des prénoms totalement inconnus sur des invitations dont l’importance primordiale pour mon bien –être de ce week-end n’est plus à démontrer, sans réagir une minute et hurler
-« Stoooooop, mais c’est quoi ces prénoms pourris ? »
Rajoutant, aux 4 originellement prévus et qui sont les meilleurs potes, impossible de ne pas les inviter, (tellement impossible d'ailleurs, que Marmaille n'a pas compris que les invites étaient pour eux, puisque pour lui leur présence tombait sous le sens), des gamins totalement inconnus.
Dites, vous croyez que ça se fait de téléphoner diplomatiquement à un enfant de 7 ans et des bananes en disant :
- « Suite à une malencontreuse erreur dans nos services internes, vous avez été destinataire d’un courrier qui ne vous était pas destiné.» ?
| | Ça rate pas ! |
A chaque fois que je délivre l’un de mes enfants à un « goûter d’anniversaire ».
D’abord, dans les derniers mètres avant le lieu de la délivrance, je veux dire, avant le lieu de la livraison, ce doux sentiment qui m’empare de moi. Dans quelques minutes, ma Marmaille sera prise en charge, s’amusera et se délectera, et le seul effort qui me soit demandé pour offrir tout cela à mon adorable progéniture, c’est de livrer en temps et en heure, et de dire « À tout à l’heure ! ».
Puis, à moi des heures de liberté !
La vie n’est-elle pas merveilleuse ?
J’entends par ci par là, des voix de vieilles routières du blog sachant pertinemment que j’ai 4 enfants, s’étonner de ces heures de liberté et se demander si je profite d’UNE invitation pour refiler l’intégralité de la Marmaille à l’imprudent parent ayant eu le malheur d’organiser cette fête d’anniversaire.
Non, non, même si la tentation est grande, j’ai toujours réussi à me tenir et à ne refiler QUE le numéro demandé.
Malgré tout, un enfant en moins, surtout le plus petit, c’est de la liberté en plus pour l'après-midi.
Un délicieux sentiment de légèreté s’empare donc de moi dans les derniers mètres. Un vrai plaisir de pousser le bouton de la sonnette, un grand sourire pour dire « Voilà ma Marmaille qui se réjouit de cette fête, merci beaucoup pour l’invit’, et à quelle heure faut-il venir la chercher ? »
Et c'est là que, malgré mon humeur enjouée, à chaque fois, ça ne rate pas! Dès la porte ouverte ou presque, ce drôle de sentiment qui, immédiatement, vient (très très faiblement, je ne suis pas Mère Thérésa) ternir ma légèreté joyeuse
De voir ces préparatifs de fête, d’entendre ces cris de joie , ces discussions animées et ces bruits de mouvements joyeux….
De ressentir tout cela, soudain m’étreint un confus sentiment de compassion, une sensation de pitié, un élan d’empathie.... pour les parents du héros du jour !
Ceux qui , une après-midi durant, vont se taper les cris d’excitation ou d’engueulade, se fader la gestion du programme et de l’organisation, le soutien psychologique à l’inévitable enfant « qui-reste-dans-son-coin » et les premiers secours aux tout autant inévitables petits bobos qui émailleront l’après-midi.
Et hier de nouveau, ça n’a pas manqué. A peine la porte ouverte, j’ai de nouveau été étreinte par cette drôle de compassion que personne ne me demande d’avoir. Mais que voulez-vous, je me projette…
Alors que je sais que certaines personnes AIMENT organiser des goûters d’anniversaire…
Dingue non ?
Oui, hier, où je délivrai de nouveau Marmaille petit-dernier, cette drôle de confuse pitié à l’égard des parents fut de nouveau là.
Agrémentée, pauvre de moi, d’une très nette bouffée d’angoisse…
Presque de sueurs froides…
A la pensée que, pile poil dans une semaine, les rôles seraient inversés.
Et ce sera MOI la mère qui accueillera la troupe excitée, et qui, une lueur d’envie au fond des yeux, verra partir les parents tout allégés de me refiler leur gamin pour l’après-midi.
| | Un petit corps tout chaud qui se précipite dans mes bras.
Un sanglot étouffé dans le creux de mon cou
Des jambes qui se serrent fort fort autour de ma taille. |
Ma main qui caresse, ma bouche qui chuchote :
“Cccchhhuut, ccchhuut, ce n’est rien, je suis là, dis-moi ce qui se passe…”
Des baisers dans le cou, ma main qui masse le dos…
Les sanglots qui se calment….
Le corps qui se détend…
Merci mon tout petit.
Merci…
Grâce à toi, là maintenant, je me sens de nouveau la Reine du Monde.
Capable de chasser de tes cauchemars tous les monstres les plus horribles, les plus visqueux et et les plus gluants par la simple imposition de mes mains.
Pourquoi j’ai fait des enfants?
Ben tiens…
Dans quelle autre situation de ma vie pourrais-je me sentir plus forte que Superman, Rael et Zorro réunis, je te le demande!
| Bon ben voilà, la nuit est tombée sur ce jour d'automne. Ils sont nourris, déjà en pyjama. L'injonction du lavage de dents a été donnée. (La réalisation en étant laissée à l'entière discrétion des propriétaires de quenottes, je ne vais pas passer ma soirée dans la salle de bain non plus, faut pas dec). J'ai même lu une histoire au plus petit élément de la Marmaille. Bref, je n'aime pas la grandiloquence mais..., reconnaissons-le: ce soir on frise la perfection sous nos cieux familiaux. |
Je peux enfin enlever mon habit de lumière de MDF et reprendre mes oripeaux de glandouilleuse patentée pour les heures qui suivent. A moi l'entière disponibilité du canapé (juste le père à virer sur le fauteuil), la cuisine et ses bonnes choses, la glandouille, la glandouille la glandouille.
Trop bon.
Mais qu'entends-je?
Des sanglots?
A gros bouillons?
Alors que je viens de les voir aller tranquillement au lit il n'y a même pas 5 minutes?
Arrrgghhhh
Ya pas, faut que je réenfile mon bleu de travail SOS-MDF-24/24 et que j'aille me coltiner le problème. Tournée d'inspection.
Effectivement, il y en a une qui pleure. A fendre l'âme
Moi (étonnée) :
- "Mais qu'est-ce-qui se passe? Vous vous êtes disputées?"
Enfant pleurant:
- "No-on-on... snirf"
Moi (compatissante) :
- "Tu as peur de te coucher?"
Enfant pleurant:
- "No-on-on... snirf"
Moi (inquiète):
- "Tu as eu un problème à l'école dont tu n'as pas osé parler?"
Enfant pleurant
- "No-on-on... snirf"
Moi (sentant arriver fissa ce qu'on appelle de la lassitude et que nous traduirons entre nous mère-ma-soeur par : ça commence à me gonfler sérieux son histoire):
- "Bon ben b*rdel, c'est quoi le problème, on va pas y passer la nuit non plus, tu la craches ta Valda?
Enfant pleurant (insensible aux efforts de sa mère, pourtant méritoires isn'nt it)
-" Sni...ii...iirf"
Moi toujours (à l'autre enfant, témoin de la scène) :
- Et toi là, tu sais pourquoi elle pleure?
Autre enfant (prudemment) :
- "Oui"
Moi (entrevoyant un espoir de retrouver mon canapé dans les deux minutes qui suivent) :
- "Tu peux me le dire?"
Autre enfant (de plus en plus prudemment) :
- "C'est compliqué"
Moi (zappant complètement l'attitude et le sourire censés aller de pair avec l'habit de lumière de la mère parfaite):
- "Ouais bon, ça doit pas être si compliqué non plus vu qu'il y a 5 minutes tout allait bien, allez vas-y dis-moi"
Autre enfant (dont l'attitude évoque la prudence du chasseur face au lion affamé) :
- "Ben en fait.... la vie.... voilà...... On est petit.... on va à l'école.... Après on est grand...... on va au travail....Pis après on est vieux... et on meurt. Voilà"
Moi (en état de sidération avancée):
- "C'est pour ça qu'elle pleure?"
Autre enfant (sûr de lui) :
- "Oui"
Moi (comprenant que métaphoriquement parlant, mon canapé s'éloigne à grands pas):
- "Ça l'a prise là comme ça tout d'un coup?"
Autre enfant (sans plus aucune appréhension, comprenant que le lion affamé est en train de perdre toutes ses dents) :
- "Oui"
Moi (à la pleureuse. Ayant encore le fol espoir que l'autre se soit trompée):
- "C'est pour ça que tu pleures?"
Enfant pleurant (avec la diction d'un crapaud moyen) :
- "Sn...oui..ii...rrf"
Moi - "......."
- "......."
- "......."
La rédaction de ce blog vous prie de pardonner l'interruption momentanée des programmes qui reprendront dès que j'aurais réussi à refermer ma bouche et à trouver une réponse adéquate, ma mâchoire inférieure pendouillant encore lamentablement à l'heure où nous publions.
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