
![]() | Pas le temps d’écrire, et pas envie de laisser le problème d'un yaourt qui pleure tout le week-end en stand-by. Alors j’ai repris un petit texte très vieux et disparu dans la stratosphère intergalactique du net. |
Oui, à l’époque, dans le cadre d’une chaîne, très à la mode dans le milieu des années 2000 (comment que j’analyse mon époque), on m’avait demandé comment je me verrais dans dix ans.
NB : J’ai de plus en plus de mal avec la concordance des temps, si quelqu’un veut me corriger, il/elle est le bienvenu/e).
Le texte date, puisque dans 10 ans, j’aurai plutôt des jeunes adultes que des ados à la maison, mais disons qu’avec le phénomène des jeunes adultes qui trainent en longueur leur adolescence chez Papa-Maman, ça peut rester d’actualité. J’ai malgré tout changé 2-3 trucs :
Or donc, comment je me vois dans 10 ans ?
Et bien absolument identique à aujourd'hui, portant toujours belle mes 28 ans, pourquoi?
Question suivante.
Ah oui, non j'oubliais...
Je suis mère d'ados.
Mes enfants ados, ce qui change c'est évidemment la bannière de ce blog. (Eh oui, je compte bien m'accrocher au blog comme la moule à son rocher tiens!)
Au lieu de petits petons mignons, cette bannière se compose désormais de pieds qui puent et chaussettes sales, pointures de 38 à 44.
A part ça dans dix ans comme aujourd'hui, le soir je leur dirai bonne nuit. Seule nuance, ce ne sera plus eux, mais moi qui irai me coucher après avoir pris ma tisane et remis un tricot de laine sur mes épaules.
Dans dix ans comme aujourd'hui je rugirai que bord* de m* je ne suis pas la bonne. Sauf que rapport aux écouteurs greffés dans leurs oreilles, ils s'en tamponneront allègrement le coquillard. Mais dans dix ans comme aujourd'hui, après avoir rugi, j'aurai ce petit air niais de la personne qui vient de se soulager et qui promène un regard béat sur ce qui l'entoure.
Dans dix ans comme aujourd'hui, je me poserai des questions sur le sujet de la sexualité. Mais cette fois-ci, s’il y en a, les questions seront urgentes, ne me laisseront que peu de temps de réflexion, et il ne sera plus question de s’en tenir aux illustrations des manuels scolaires.
Dans dix ans, comme aujourd'hui, on se fera des festins de granolas. Sauf qu'ils auront depuis longtemps fait des progrès en arithmétique et qu'il sera bien fini le temps où je leur faisais croire qu'un paquet de biscuits divisé par le nombre d'individus présents dans l'appart, ça fait pas 1 gâteau pour chacun d'entre eux et le reste pour moi. D'où âpres négociations, calculs d'apothicaire et partage du dernier Granola par un découpage millimétrique. Et surtout pléthore de paquets de granolas vides dans leur chambre, prouvant ainsi que, contrairement à ce qu'ils me répondent quand je leur demande d'y aller, ils ont le temps parfois d'aller faires des courses.
Dans dix ans comme aujourd'hui je serai cernée de Perfectmothers qui sauront tout sur les dérogations pour les meilleurs lycées ou prépas, et sur les éditions de compléments de manuels scolaires, sur les filières à suivre et celles qui sont pourries. Pendant qu'éventuellement je tenterai de négocier qu’avant de partir garder des chèvres dans le Larzac ou ailleurs, assurer un diplôme minimal serait peut-être une bonne idée.
Enfin et surtout, dans dix ans je pourrai enfin réaliser mon rêve. Tenant en cela une promesse jamais oubliée faite à moi-même alors qu'ils étaient encore bébés.
Je me réveillerai le dimanche matin vers 7 heures (quand on a la volonté, tout est possible).
Et pour les remercier de ces années continues sans aucune nuit complète et avec disparition absolue de mes grasses matinées dans la stratosphère intergalactique, je me présenterai dans leur chambre sur les coups de 7 h 02, et je chanterai à tue-tête. Des tubes de ma folle jeunesse. En y rajoutant des "badous-badous" et autres "leinheinhein" qui rythment l'affaire. Toujours à tue-tête. Jusqu'à les avoir réveillés, mais vraiment réveillés hein. Pas juste un grmourf qui sort de sous la couette. Et lorsque leur tête ébouriffée jaillira enfin de sous l'oreiller, j'irai me recoucher pour de longues heures. Comme eux d'ailleurs, je ne me fais pas d'illusion.
Mais Boun Diou, je l'aurai fait.
En attendant, et pour être prête le moment venu, je fais mes vocalises tous les matins sous la douche. Et c'est drôle, comme s'ils avaient une prescience de ce qui les attend, bien souvent je les entends derrière la porte:
- "Pitié, arrête maman s'il te plaît, c'est moche".
Ces petites bêtes, leur instinct ne les trompe pas...
Niark niark...
![]() | Serais-je un jour une mère comme elle ? Une mère dont l’intimité n’a plus aucun secret pour sa fille, le corps fatigué et marqué, les jambes lourdes, les seins flétris. Même la couleur des selles de la mère n’échappe plus à la connaissance de la fille. |
Une mère qui se laisse langer par sa fille, ironique et cruelle inversion des rôles dictée par la vie.
Une mère tournée sur ses douleurs, ses malheurs, ses difficultés à se mouvoir. Une mère qui parle d’elle et seulement d’elle.
Une mère qui répond, au matinal et joyeux salut de sa fille plus si jeune :
- « Bonjour Maman, je suis déjà là tu vois ! »
Un rêche
- « Déjà ! Tu l’as bien belle ! Je t’attends depuis longtemps moi ! »
Sa fille fidèle visiteuse, que j'observe depuis plus d'une semaine passant chaque jour de longues heures à son chevet d’hôpital, souvent la première et unique visiteuse en ces heures matinales.
Serais-je un jour cette mère ? La douleur, les mille et une difficultés, truffant de plus en plus la vie quotidienne, nous rendent-elle si facilement égoïstes et si peu attentifs aux autres?
Que j’aimerais interroger cette mère, connaître son histoire de mère, comprendre de quoi est fait ce lien avec sa fille, qui parait si déséquilibré aux yeux de l’étrangère que je suis. Que j’aimerais interroger cette fille, connaître son ressenti, savoir de quoi se nourrit son dévouement, ce qui l’a construit. Ce dévouement évident dans certaines cultures ou à certaine époque, mais qui a tant disparu ici et maintenant.
Serais-je un jour une mère comme elle ?
Question si vaine et inutile, comment imaginer sa propre vieillesse ?
Une chose est sûre, j’espère ardemment, pour le bien-être de ma mère, ne jamais avoir à être cette fille.
![]() | Hier s'est passé un phénomène étrange... Pour un instant, pour un instant seulement, je fus Perfectmother dans les yeux d’une autre mère. |
Et bien tu sais quoi mère-ma-sœur ? Cet instant de gloire toute personnelle, ce rêve de toute une vie de mère, ce moment qui m’a prouvé que « Oui, moi aussi je peux.. », ce moment qui aurait du être ma consécration…
…je ne sus en profiter!
Parce que passée la nanoseconde de stupide fierté et d’encore plus imbécile sentiment de supériorité, je ressentis immédiatement de la tristesse pour la mère que j’avais en face de moi.
Et pourtant, ce n’est pas n’importe laquelle des mères : c’est celle qui semble faire tout comme il faut, c’est celle qui lit des histoires, celle qui sait toujours où ils en sont à l’école, celle dont le fils a toujours le vêtement adéquat pour le temps du jour. Celle qui vient chercher son fils plus tôt que prévu chez son pote-ma-Marmaille, parce que "vous comprenez je lui ai promis de jouer aux échecs".
Celle qu’on sent en réflexion permanente dans son rôle de mère, quand j’ai tant l’impression de faire au coup par coup, avec réflexion et éventuelle analyse a posteriori
Pour résumer : une de mes ennemies intimes. Pour moi, jusqu’à hier, elle était Perfectmother herself!
Hier où, au détour d’une conversation, j’ai dit à propos de ma Marmaille pote-de-son-fils, sans y penser en suivant le fil de la conversation:
- « Il fait du Kung Fu et il adore ».
Dans sa manière de me regarder, dans sa manière de se pencher vers son fils et de lui dire d’un ton mal assuré :
-« Tu devrais peut-être essayer aussi avec ton copain, s’il adore... Ça serait bien de faire du sport ».
Dans sa manière de me dire, un air gêné dans la voix :
- « Il faisait du judo,et puis…. », sans oser préciser que, comme des millions d’enfant, il n’a pas accroché à l’activité extra-sportive présentée sacro-sainte.
J’ai compris. J’ai compris que dans ses yeux à elle, à ce moment là, c’était MOI la Perfectmother ! Moi qui avais su choisir une occupation « saine » à mon fils, dans laquelle il prenait un plaisir équilibrant.
Et que face à moi, elle se sentait toute petite.
Elle avait entendu la phrase :
« Il fait du Kung Fu et il adore ».
Sans sous titres. Or ne pas entendre ces sous-titres qui, selon moi, clignotent en lettres de néon sur mon front quand on me connaît, c’est me donner une gloire totalement imméritée
Il fallait en effet entendre :
« Il fait du Kung Fu (puisque totalement par hasard, c’est l’activité sportive la plus proche de notre sweet home depuis notre déménagement) et il adore (de toutes manières il n’a pas le choix. On n’a rien testé d’autre et j’ai pas l’intention de courir les cours de sport).
En voyant son visage en écoutant ma phrase, j’ai compris qu’elle lisait d’autres sous-titre :
« Il fait du Kung Fu (j’ai étudié tous les sports possibles pour un garçon de cet âge, et c’est celui qui me parait le plus épanouissant) et il adore (mon fils est capable de percevoir son intérêt à faire ce sport alliant force et contrôle de soi).
C’est là que j’ai compris. Compris que la Perfectmother attitude de cette femme, attitude qui m’agressait involontairement car semblant me sussurer : « Tu devrais mieux faire,tu devrais mieux faire », cette attitude en réalité n’est que le reflet d’une énorme angoisse de mal-faire.
Que sa réflexion permanente est sa manière à elle de bétonner pour ne pas se laisser le risque d’agir spontanément et de faire une erreur irréfléchie. Prouvant ainsi l’absolu manque de confiance qu’elle octroie à son propre bon-sens.
Que sa rigidité n’est que l’autre facette de son incertitude permanente, que ses doutes quant à son attitude de mère doivent d’autant plus être angoissants qu’elle semble croire qu’il y a UNE vérité éducative.
Quand nous, les un peu plus décontractées de la maternitude attitude, avons compris qu’il y en a autant que d’enfants, et que chercher LA vérité éducative nous apparait comme une aberration doublée d’une petite torture quotidienne.
Oui, cette peur obsédante et paralysante de « mal faire », je l’ai sentie confusément, dans le regard qui semblait chercher mon indulgence pour le fait que son fils n’ait pas accroché au judo, dans son air presque triste.
Alors peut-être qu’hier je me suis fait un film…
N’empêche! J’ai rayé une femme de la liste de mes ennemies intimes, les Perfecmother. Et ajoutée à la liste des personnes que je plains sincèrement.
PS : Attention, je n'ai pas dit que je rayais TOUTES les Perfectmother de ma liste hein. Il m'en reste un paquet sous le coude, celles qui, me semble-t-il, ont un tout autre moteur que l'angoisse... Cette précision pour que vous ne vous angoissiez pas sur l'avenir de ce blog...
| | Pas eu le temps pour un nouveau texte. Mais comme un événement récent m'a refait penser à cette scène, je remets un très vieux texte de mon ancien blog, qui n'est plus sur le net. Bonne journée |
Tu te souviens?
Des colères comme jamais elle n'en avait connues.
Pourtant ce n'était pas son premier enfant, ni même son deuxième, ni même son troisième.
Mais là, depuis deux mois environ, c'était l'enfer.
Tous les jours. Plusieurs fois par jour.
Elle avait bien sûr testé tous ses anciens trucs plutôt efficaces jusque là. Puis des nouveaux. Puis des qu'on lui avait conseillé. Sans oublier le chantage et la corruption qu'elle réessayait régulièrement.
Incorruptible, imperméable au chantage et absolument pas receveur d'un quelconque essai éducatif.
Un sujet de thèse de pedo-psychiatrie à lui tout seul.
Auparavant, ce petit bout de 2 ans et des bananes était normalement colérique. Sa petite crise de temps en temps et il passait à autre chose. Heureux d'aller à la crèche, heureux d'aller chercher ses soeurs le soir, acceptant la baby-sitter de temps en temps pour cause de travail maternel un peu plus long que d'hab ou de sortie des parents.
Mais depuis deux mois, depuis ce déménagement...
Tout s'était pourtant bien passé : les grandes s'étaient immédiatement adaptés à leur nouvelle école, des histoires de copains-copines s'étaient mise en place dès le premier jour...
Assez fière d'elle, la mère, d'avoir si bien préparé l'atterrissage du transbordement familial.
Sauf que lui....
Il était pénible point barre.
En plus n'ayant pas trouvé de place en crèche, elle l'avait tout le temps avec elle. Courses, ménage, linge et aucun moment pour s'éloigner puisqu'elle n'avait pas retrouvé de travail.
Jusqu'au jour...
X-ième colère, elle l'apprend de la bouche du père en récupérant une petite boule rouge, hurlante et se débattant.
A bout de force, d'idées, d'energie elle s'assied à côté de lui, sur le trottoir, au pied de la porte qu'il n'a pas voulu franchir et ne peut qu'écouter ses cris.
A bout de force, d'idées, d'energie elle comprend enfin ces pleurs et cris sans parole.
A bout de force, d'idées, d'energie, d'une voix presque chuchotée elle demande :
- "Tu te souviens de ta crèche où tu allais avant qu'on vienne habiter ici?".
Et d'une voix calme, avec un visage où instanément disparait toute trace de colère, en la regardant droit dans les yeux, le petit bonhomme répond:
- "Oui"
Et sur ses joues à elle les larmes se mettent à couler.
Elles coulent pendant qu'elle lui raconte sa vie à lui, sa vie d'avant. Elles coulent pendant qu'elle lui promet que lui aussi retrouvera des occupations pour lui, en lui expliquant que quitter n'est pas abandonner, en lui racontant pourquoi ils sont partis. Elles coulent de reconnaître chez lui tellement de sa propre peine à elle.
Elles coulent en lui disant qu'il faut que sa tristesse s'arrête.
Elles coulent de honte de ne pas avoir senti plus tôt la souffrance de son fils
Elles coulent de soulagement de l'avoir enfin comprise.

Premier retour seul d'un petit bonhomme, cartable sur le dos.
Premier coup de sonnette avec une petite voix au zototement caractéristique, eu égard au trou dentaire béant sur la mâchoire supérieure:
- "C'est moi!"
Première porte ouverte sur un petit visage respirant la fierté de l'avoir fait, et le sourire de soulagement d'être arrivé.
Première sensation de coeur maternel tout fondu de fierté et de tendresse en voyant son petit bonhomme avoir franchi cette étape là aussi.
Chacune de mes étapes rententit sur eux.
Chaune des leurs me permet de progresser également.
Gagnant-gagnant.Souvent.
A moi cependant de vérifier que le pendant "perdant-perdant" ne s'immisce pas insidieusement dans cette période plus intensive pour moi, et donc pour eux.
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