

Trois enfants dans un coin, des légos dans tous les sens, une petite voix zozotante qui suggère, une voix plus âgée qui conseille, une autre voix qui propose.
La petite voix qui dit qu’elle a trouvé la pièce, des bruits d’assemblage, la recherche de la brique adéquate au fond d’une caisse en plastique, le bruit caractéristique des pièces qui s’entrechoquent, les voix qui s’entremêlent, les idées qui arrivent, légères, virevoltent dans l’air, puis se posent dans les esprits, déploient leurs ailes.
Les scénarii qui s’en emparent, se mettent en place. Les intonations qui changent, plus graves pour le chef de gare, plus aigue pour la voyageuse. Sans oublier l’enfant, sans oublier le chien et son propriétaire, sans oublier le voleur et la police, les autres voyageurs, l’école près de la gare, les animaux, les paysages.
Le carton d'emballage qu'on peint pour que le train passe près d'une montagne, la vielle et brinquebalante maison de poupées qu'on déplace pour que la gare soit majestueuse.
Le train peut partir, toute son histoire est en train de s’écrire, et sur son petit mètre cinquante de longueur de circuit circulaire coincé dans un coin de la chambre, il va traverser les paysages de montagne, peut-être verra-t-il l’Himalaya et son Yeti, ou s'enfoncera-t-il dans la savane avec ses éléphants, a moins qu'il ne préfère s'approcher de la mer et croiser un bateau de pirate.
Jamais je ne me lasserai de les écouter créer et s’enfermer dans leur univers.
![]() | C’était il y a plusieurs années.
Seule avec ma Marmaille dans la maison de vacances, j’avais en plus pensé sympa d’inviter pour une ou deux nuits les cousins du même âge vivant dans les environs. Sans compter le fils de la copine, qui était à ma garde pour cette semaine-là (le fils, pas la copine). |
Il y avait donc un adulte, moi… et 8 gamins.
Âge de l’aîné ? 9 ans si je me souviens bien? Âge des plus jeunes ? 3 ans si je soustrais bien.
Intendance intensive, of course, mais en contrepartie complètement dégagée des obligations d’animatrice. Les jeux se mettaient en place à partir d’une idée, d’une envie. Chacun apportait sa contribution, ou se retirait pour chercher un moment de calme loin du groupe, mais sans avoir besoin de moi. Il faisait chaud, on vivait portes et fenêtres ouvertes, les enfants n’enfilaient que rarement des chaussures malgré les risques d’orties ou de traîtres cailloux. Cependant, ils ne passaient pas leur vie dehors. Cette maison ancienne, où leur coucher consistait en des matelas par terre, était également un terrain de jeu très prisé.
C’est lors d’un de ces jeux d’intérieur qu’à un moment, au détour d’une de mes allées et venues, j’entendis des voix venues du haut. Ça parlait princesses et chevaliers, ça parlait chevauxet défense, ça parlait invitation et tournoi. Dans cette maison ancienne, dans cette région encore très tournée vers le passé rude où de nombreux détails semblent avoir survécu au passage des siècles, ces mots qui collaient si bien au lieu, sortis de petites bouches aux dents comme des perles, me firent fondre.
Alors je m’assis au pied de l’escalier, me cachant le plus possible pour pouvoir entendre sans être vue. Et j’écoutai ces voix qui combinaient tout un scénario complexe. La distribution des rôles et des textes n’étant visiblement pas finie, je suis sûre qu’on les aurait interrogés à ce moment là, chaque enfant aurait répondu qu’ils n’avaient pas encore commencé à jouer. Alors qu’ils étaient et avec évidence, déjà tellement plongé dans leur univers.
J’écoutais.
Je fondais.
J’entendais la petite voix de l’aîné, tout investi de son rôle de maître de cérémonie nourri de lectures et de films : « Bon alors: vous venez rendre visite au château, toi Pascal tu es le cheval et tu tires le carosse, toi Solène, tu es dans le château et tu prépares le tournoi, vous les petits vous êtes les pages serviteurs, et nous on est les chevaliers qui venons rendre visite aux princesses »
J’entendais les voix des plus jeunes, heureux de se laisser guider et entraîner dans cet univers fantasmé, j’entendais les « D’accord » montrant l’acquiescement, ou bien les demandes de précisions supplémentaires.
Je n’étais plus que tendresse maternelle et tantesque, je n’étais plus qu’un bouillon d’hormones arrivées direct du fond de mes grossesses et de mes premiers pas de mère, je n’étais qu’attendrissement et sensibilité. C’est bien simple, par rapport à moi à ce moment- là, Caroline Ingalls aurait pu passer pour la mère Thénardier.
Bref,l’instant était émouvant, je suis sûre que, bien planquée au fond de mon escalier telle une souris aux dimensions imposantes, j’étais baignée d’une lumière céleste. Ou en tous cas j’aurais pu.
Quand tout à coup la lumière s’est éteinte (c’est une image), ma tendresse, mon attendrissement, ma sensibilité se sont volatilisées et ne m’est restée qu’une énorme, qu’une colossale, qu’une faramineuse envie de rire qu’il me fallut aller cacher en me levant précipitamment et en m’enfuyant à toutes jambes loin des oreilles enfantines.
Car lors de la suite des préparatifs, alors que le couple Chevalier Ludovic et Princesse Lisa venait d’être officiellement formé alors que le scénariste rajoutait précisions et détails à un scénario complexe sans que le jeu officiel n’ait encore commencé…
Oui, alors que Princesse Lisa se tenait aux côtés du preux Chevalier Ludovic qui venait d’être désigné son prince charmant officiel...
Celui-ci, dans un besoin d'éclaircissement légitime, en regardant sa douce Princesse, posa sans hésitation aucune et de sa voix grave et forte, étonnante pour un petit bonhomme de son âge, la question qui faillit me faire recracher ma gorgée de thé, qui me prouva définitivement que les temps avaeint bien changé et que cette génération avait d'autres valeurs:
- "Et quand est-ce que je la mange?"
![]() | J’eusse aimé démarrer cette nouvelle année de façon éblouissante, avec un texte qui aurait prouvé que ces vacances /fêtes n’ont pas agi sur mes neurones de manière totalement destructrice, et m’ont laissé toute ma combativité : « fuck mes complexes de mère », toute ma capacité à m'extraire de ma condition de MDF de base. |
J’eusse aimé.
Malheureusement, les neurones, c’est comme tout.
Faut que ça se remette en route. Et quand cela fait 15 jours qu’ils sont en repos au fin fond du cerveau, sollicités uniquement pour savoir ce qu’on va manger à midi, ce qu’on va manger ce soir, ce qu’on va manger demain midi, ce qu’on va manger demain soir, quelle sortie on fera aujourd’hui, s’il reste de la lessive, quelle sortie on fera demain etc etc… ben les neurones, le jour où on en a soudain besoin pour, un exemple au hasard, alimenter un blog, ils ne se sentent pas du tout concernés. Et n’aident en rien à trouver un tant soit peu quelques figures de style qui rendraient un récit un minimum intéressant.
Vous comprendrez, et me pardonnerez donc j’en suis convaincue, de ne faire aujourd’hui qu’une courte apparition pour vous souhaiter une très bonne et belle année 2012, avec le moins possible de « Rhaannn, t’façon tu comprends jamais rien », de « Maman pipiiiiiiiiiii… oups trop tard », de « C’est lui qu’à commencé », de question « qu’est-ce-qu’on mange ce soir ? » posée à 2 heures de l’après-midi et mille autres réjouissances de notre quotidien.
Bonne année et très très bonne santé à vous tous qui me faites l’honneur de venir lire ici, et à vos Marmailles bien sûr, et à tous vos proches.
Et un énorme merci justement, de venir lire ici. Tous les échanges que je vis ici sont des éléments non-négligeables qui enjôlivent mes journées, et donc mes années.
A demain.
| Je sens qu’avec le texte du jour, je vais ruiner une réputation de cynisme, de détachement et de mauvais esprit, bâtie avec labeur et ôpiniâtreté à la sueur de mon front et à la corne de mes doigts. |
Et n’est-ce-pas, aujourd’hui je vais assumer ma condition moyenne de femme moyenne de la classe moyenne occidentale du début du 21ème siècle.
Et je n’hésite pas à faire partie d’un Grand Tout très banal.
Le Grand Tout qui, en se vendredi 23 décembre, se souhaite Joyeux Noel avant de s’éloigner quelques jours les uns des autres.
Je vous souhaite donc, très banalement et pourtant très sincèrement un joyeux Noel. J’espère du fond du cœur que vous tous qui me faites l’honneur de venir lire ici, avez un joli Noel qui vous attend.
Et que vous vous en réjouissez, comme ma Marmaille et moi nous en réjouissons.
Noël est quand même le seul moment de l’année où on a le jackpott des cadeaux la joie d’en recevoir, ce qui même à mon âge avancé, me fait toujours un plaisir réel, ET la joie d’en faire ! L’anticipation du bonheur de voir les yeux des enfants briller, leur sourire et leur joie.
Et quand je vois comment chaque échantillon de ma Marmaille réfléchit, conciliabule, cherche, empaquète, se réjouit pour ses frères et sœurs, je sais que le plaisir d’offrir, je ne suis pas la seule à le ressentir très fort, et mon petit cœur guimauve plaqué miel, l’est tout fondu.
Je vous souhaite donc un Noel très joli, sans aucun stress.
Et j’adresse une pensée de soutien à tous ceux pour qui Noël est un mauvais moment, quelqu’en soit la raison. C’est la seule chose qui gâche un peu le goût de la fête : savoir que certains n’ont pas la chance de pouvoir vivre cette joie qu’on nous présente comme obligatoire, , transformant cette journée et cette période de préparatifs en vrai mauvais moment. A tous ceux qui sont dans ce cas, je vous souhaite que ce week-end passe vite.
Mais j’espère du fond du cœur que personne ne se reconnaîtra dans les quelques lignes ci-dessus, et qu’à chacun d’entre vous je peux souhaiter sans arrière pensée un
Joyeux Noël with a max of cadal (n’oublions pas les essentiels).
Le blog va faire une pause la semaine prochaine, mais reviendra souhaiter une bonne année en temps et en heure.
![]() | Hier soir, à l’heure où chacun commence à renter chez soi, une heure déjà sombre alors qu’il est si tôt, dans le bus illuminé qui s’est arrêté à la station en face de la mienne, était assis un homme dont le profil atout de suite attiré mon regard. |
Un profil à jouer le pote de Lino Ventura dans un film de gangster, de l’époque où la mythologie des gangsters « avec de l’honneur » était en vogue. Un nez cassé qui forme une vague quand on le regarde de côté, un nez qui ne s’éloigne pas du crâne vers le bas comme la plupart des autres, mais qui, de la base aux narines, reste parallèle au visage. Une mâchoire inférieure large et carrée, qui s’avance, au-delà de la ligne de sa comparse mâchoire supérieure. Des poches sous les yeux qui marquent la fatigue accumulée de cet homme de 40 ? 45 ans ? Un blouson de mauvais cuir défraichi, une coupe de cheveux très courte qui montre plus le désir de ne pas s’ennuyer avec un entretien compliqué qu’un quelconque choix esthétique.
Oui, un homme qui gagnerait tout de suite un casting haut la main pour tout rôle de second couteau, de « pote loyal et protecteur à la vie à la mort » d’un héros en marge de la loi. Une tête avec un mélange très particulier de détails associés dans l’imaginaire collectif à une capacité de violence, et un air de grande douceur.
J’attendais mon bus. Je regardais cet homme pendant les quelques minutes où celui dans lequel il était assis s’est arrêté en face de moi. Complètement de profil par rapport à ma position et ne soupçonnant pas ma présence, il me permettait de l’observer sans paraitre indiscrète
Tout à coup, alors que le bus allait repartir, dans un geste plein de douceur il a légèrement tourné son buste, s’est penché de quelques petits centimètres… et a posé un baiser léger sur les lèvres de sa compagne aux cheveux mal teints en blonds, assise entre lui et la paroi du bus. Et que je n’avais pas vue, toute fascinée que j’étais par ce visage inhabituel.
Un petit baiser volant, un petit baiser plein de douceur, un petit baiser qui provenait d’une pulsion de tendresse. Un baiser qui n’a pas duré, juste l’envie soudaine de sentir la bouche de son amante sous la sienne, comme un besoin de boire une gorgée indispensable à ce moment-là.
Et moi de voir ce physique de boxeur associé à un geste d’une telle douceur, moi qui attendait dans le froid, j’ai eu soudain le coeur tout chaud.
Oui le monde dans lequel nous avons fait des enfants est dur, oui il est angoissant. Mais cette tendresse spontanée, aperçue fugacement, je ne sais pas, ... elle m’a fait du bien.
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