
| | Quand je le vois j'ai peur. En m'obligeant à faire des efforts monstrueux de travaux ménagers qui n'étaient pas du tout prévus au programme. |
Cependant pour le bien de mes enfants, j'irai jusqu'au bout, je l'affronterai, le défierai en combat singulier.
Courage, je peux le faire, je vais le faire.
Il ne sera pas dit que je préfère fermer les yeux et laisser faire.
J'ai peur, si peur du verdict.
Et si encore une fois, une n-ième fois....?
Que la tentation est
grande de faire comme si de rien n'était. Pourquoi me forcer? Un reste
d'étique citoyenne pour que ça n'ait pas de conséquences sur les copains? N'est-ce-pas surfait de nos jours dans notre
société individualiste? Après tout chacun sa vie.
Me faut-il vraiment...
...empoigner ce peigne fin et le passer dans la chevelure de ma Marmaille qui a eu ce petit geste que je ne connais que trop bien de grattement suspect?
Oh non, pitié, not les poux again!
![]() | Ah ben non, si les dentistes s'y mettent maintenant... Non parce qu'auparavant, mes grands moments de solitude sanitaires avaient uniquement lieu en présence de l'othoscope, instrument conçu pour observer les tympans et qui, braqué sur les oreilles de ma progéniture, avait le don de me mettre au front le rouge de la mère pas rigoureuse-rigoureuse sur le nettoyage quotidien des oreilles de sa progéniture. |
| Lors de mes études, le cours le plus passionnant qu'il m'ait été donné de suivre fut celui donné par le biologiste Jacques Testart. Quelques années après, une personne qui m'est très proche s'est retrouvée à vivre ce que j'avais appris sous l'angle scientifique. J'ai écrit ce texte pour témoigner de ce qu'elle avait vécu. |
Pour avoir ses enfants, elle a subi un traitement.
De ceux qu'on appelle longs parce qu'ils sont constitués de piqûres quotidiennes, puis de prises de sang qui obligent à sortir de chez soi à l'heure où seules quelques boulangeries sont déjà ouvertes. A attendre dans des salles froides et impersonnelles avec d'autres femmes comme elle mal réveillées et qui ont sur le visage ce mélange d'indicible chagrin et de fol espoir ancré au plu profond de leurs entrailles.
Espoir encore et toujours, même pour celles qui ont déjà connu la désillusion.
Des femmes qui se regardent ou lisent, s'observent ou somnolent, se confient ou restent silencieuses. Perdues dans leur pensées, dans leur combat.
Toutes celles qui sont là savent.
Elles savent les années d'infertilité, les mois ensanglantés qui détruisent l'espoir. Elles savent les nuits d'amour de plus en plus parasitées par ce désir. Elles savent les pleurs en cachette quand les ventres s'arrondissent autour d'elles, les sourires qu'on fait en étouffant sa peine. Même si la joie est sincère à chaque nouvelle naissance dans l'entourage, comment empêcher cette lancinante question de se formuler et de prendre un place de plus en plus importante dans les pensées, et dans la vie: pourquoi elle et pas moi?
Alors ce traitement-dit-lourd parce qu'il comprend une anesthésie générale, ce traitement-dit- lourd parce qu'il a été précédé de multiples examens aux listes d'attente interminables, de multiple consultations jambes écartées, de l'intimitée disséquée, ce traitement est pour elle une période lumineuse de sa vie.
Tout re-prend couleur. Enfin quelque chose bouge.
Non pas dans son ventre mais autour de lui. On s'en occupe, on aide son corps, on lui dit qu'un jour aussi, peut-être, chez elle naîtra une petite chose fragile fruit d'un désir absolu.
Jour après jour, elle rencontre des professionnels avec qui, enfin, elle se sent le droit de parler de cette envie qui lui dévore la vie depuis si longtemps, de ce besoin animal qu'elle a toujours connu en elle, de cette nécessité que sa rationalité pessimiste n'a jamais pu faire disparaitre.
Elle est incapable d'expliquer, elle est incapable d'analyser, elle est incapable de raison. Elle veut être mère, follement, absolument, douloureusement...
Pour cette envie-là à elle, beaucoup d'hommes et de femmes en blouse blanches déploient l'étendue de leurs savoirs et de leurs techniques .
Ils savent que même s'il n'est pas question, comme dans d'autres spécialités médicales, de repousser la mort, il est quand même question de Vie.
Et que c'est fondamental.
De jour en jour le traitement progresse, ponctué de résultats intermédiaires toujours sources d'angoisse infinie, de peurs irrationnelles et de joie éclatante quand le résultat voulu est enfin là.
Et puis arrive enfin le jour de la prise de sang ultime, celle qui permet de savoir si tous ces efforts, ces actes médicaux et ce travail fourni a aboutit à l'existence d'un nouvel être vivant encore microscopique caché dans la matrice, ou bien si l'aventure se termine aujourd'hui, dans les pleurs et l'immense déception.
L'enveloppe qu'elle n'ose ouvrir seule, la peur de ne pas pouvoir supporter une mauvaise nouvelle. Elle attend le retour de son homme, de celui qui a tout vécu à ses côtés, qui a participé et subi, soutenu et craqué, souffert et espéré avec et pour elle.
Ils se regardent, les coeurs battent fort.
L'enveloppe est ouverte, les yeux cherchent le chiffre.
Le chiffre à jamais magique.
Et ces mots tant rêvés:
"Test de grossesse : positif".
Madame, vous êtes enceinte...
Edit de midi : il y a deux très beau témoignages de Cécile et Sylvie, qui présentent une autre fin, un autre bonheur. Lisez-les si vous avez le temps, c'est un complément nécessaire je crois à l'histoire que j'évoque dans mon texte.
![]() | Avant propos: Pourquoi n°2? parce que le n°1 est là
|
Vu l'enjeu, il est recommandé de faire ce test avec la plus grande concentration et l'honnêteté d'un moine en début de carrière (les moines louches dans les films, ils sont toujours un peu vieux, tu as remarqué?)
Attention c'est parti!
Pour ce test il faut se mettre en condition. Ferme les yeux et imagine-toi dans ton rôle récurrent de MDF accompagnatrice-traductrice-maintientrice (pour les piqures)-voire cobayatrice:
- "Ben regarde, ça me fait pas mal à moi le sthétoscope, allez, laisse-toi faire!"
de ta marmaille chez le médecin.
Tu y es?
Tu retrouves tes sensations habituelles?
Oui? Alors on peut démarrer...
Visualise la petite loupe ès-tympan et la main du médecin qui s'apprête à l'empoigner.
Te sens-tu blêmir?
Oui?
C'est bon mère-ma-soeur, continuons, reste concentrée.
Visualise à présent l'embout jetable et la main virile du médecin qui l'adapte sur la loupe, ton blêmissement devient-il rougeur extrême?
Ouiii?
Parfait parfait, poursuivons.
Pour finir il te faut revivre bien nettement ce moment où le médecin se penche pour coller l'oeil sur la loupe: te sens-tu défaillir?
Ouiiiii?
MDF, nous sommes définitivement, parfaitement, inconditionnellement SOEURS!!!
Toi aussi tu meurs de honte pendant l'auscultation des oreilles de ton enfant en essayant à toute allure de te remémorer quel fut le dernier nettoyage sérieux des oreilles dudit enfant que tu as imprudemment accompagné ce jour chez le médecin!
Et toi aussi tu interprètes le silence du médecin pendant cet examen comme le signe qu'il est en train d'effectuer une étude sédimentaire des différentes couches de cérumen entreposées sur le tympan de ton enfant.
Voire même qu'il envisage une datation au carbone 14 pour les couches les plus profondes!
Merci mère-ma-soeur, merci, ça me rassure tellement de savoir que cette honte vécue hier pour la x-ième fois, je ne suis pas la seule à l'éprouver...
Quoi?
Comment ça?
Tu n'as répondu "Oui" à aucune des trois questions???
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Bip - bip - bip
La rédaction de ce blog vous prie de l'excuser de nouveau pour cette interruption momentanée de la transmission.
Il semblerait que l'auteur soit partie brutalement pour la Sibérie occidentale.
Dites-nous ce que vous pensez de MaBulle et ce que vous aimeriez y voir, notamment sur ce blog